Y.J. Choi, représentant spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en Côte d'Ivoire, au micro de RFI, affirme qu’il faut extirper les étrangers de la liste électorale provisoire.
Les élections sont sans cesse reportées depuis trois ans. Auront-elles lieu un jour ?
D'abord, il faut établir la liste électorale définitive avant de prévoir la date de l’élection présidentielle. C'est vrai, trois ans sont déjà passées, mais beaucoup de progrès ont été faits : tel que la liste électorale provisoire qui était bien équilibrée et fiable. Il faut donc franchir la dernière étape pour aller aux élections.
Le président Blaise Compaoré espère que les élections se tiendront au mois de mai. Le Premier Guillaume Soro espère qu'elles vont avoir lieu en juin. Personnellement, qu'est-ce que vous espérez ?
Puisqu'il y a des éléments à franchir avant d’arriver à l'étape de l’établissement de la liste électorale définitive, il est alors difficile de prévoir la date précise de la présidentielle. Actuellement notre préoccupation majeure, c'est de pouvoir établir la liste électorale définitive.
Franchement peut-on espérer une élection présidentielle dans les mois prochains ?
Non ! Tout dépend de la liste électorale définitive. Si on peut l'avoir très bientôt, on peut alors prévoir la date de l'élection présidentielle. Seulement, avant cette liste électorale définitive, toute date arrêtée ne sera que qu’aléatoire.
A la fin de l'année dernière (2009, Ndlr), les élections pointaient à l'horizon. Puis coup de théâtre ! Au début de cette année (2010, Ndlr), le Président Laurent Gbagbo a dissous la Commission Electorale Indépendante (CEI). En moment-là, beaucoup de gens ont craint le pire. N'étiez pas découragé ?
La situation n'est pas très encourageante puisqu'on a carrément perdu deux mois déjà. Il faut surtout conserver les formidables acquis du passé : les audiences foraines, l'opération d'identification, la fin de l'enrôlement des électeurs et l'établissement de la liste électorale provisoire. Il faut bâtir le présent sur les acquis du passé.
Le camp du président Gbagbo a accusé le président de la Commission Electorale sortante, d'avoir voulu frauder. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Il y a deux volets. Jusqu'à l'établissement de la liste électorale provisoire, la Commission électorale indépendante a travaillé avec les opérateurs techniques officiels (la Sagem et l'Institut National de la Statistique ivoirienne, INS). Mais la fameuse seconde liste, qu'elle a faite, c’est sans implication de ces opérateurs techniques officiels. C'est ce qui a provoqué des problèmes. Il faut donc conserver les acquis du passé, y compris la liste électorale provisoire.
Le camp de Laurent Gbagbo demande, je cite : « que les étrangers soient extirpés de la liste électorale ». Qu'en pensez-vous ?
Après les audiences foraines, l'identification et le recensement électoral, la liste électorale provisoire constitue le point culminant des progrès accomplis. Au cours de ces opérations, s'il y eu des étrangers sur la liste, il faut les éliminer, mais si le processus était bien en conformité avec les règles, il faut conserver la liste électorale telle qu'elle est.
A votre avis, il faut préserver cette fameuse liste électorale provisoire appelée « liste blanche ». C'est votre avis ?
Non, le règlement du contentieux permet qu'on regarde cette liste, mais avec les preuves.
Oui, c'est ça. C'est-à-dire qu'on ne peut remettre en cause les inscriptions sur ces listes qu'à partir de preuves bien établies devant un tribunal. C'est ce que vous pensez ?
Voilà ! Sans preuves, on ne peut pas remettre en cause la liste. C'est ce principe qu'on doit sauvegarder.
Sans preuves, on ne peut pas remettre en cause cette liste électorale provisoire de 5.300.000 personnes ?
A mon avis, c'est évident !
Vous renouvelez donc l'appel lancé par Ban Ki-moon, le 19 Février, pour la préservation de cette liste blanche ? C'est ce que vous voulez dire ?
Nous avons trois principes. Au mois de février 2010, il y a eu des crises qui ont occasionné des blessés et des morts. Il ne faut pas que cette situation se répète ! Donc notre premier principe, c'est maintenir la paix et la stabilité, à tout prix. Deuxième principe, c'est de pouvoir sauvegarder les acquis du passé, y compris la liste électorale provisoire. Troisième principe enfin, c'est de produire la liste électorale définitive le plus tôt possible. Voilà notre position.
Au-delà de la liste électorale provisoire, cette liste blanche, il y a une liste grise de l’ordre de 1.030.000 électeurs qui est en suspens. Les électeurs sur cette liste pourront-ils voter ou pas ?
C'est Justement l'objet du traitement du contentieux électoral. Le traitement du contentieux officiel terminé le 8 janvier, a déjà récupéré 600.000 personnes qui sont en train d'être traitées par les comités de suivi. Il pourrait donc y avoir des centaines de milliers de gens qui seront sauvés et transférés sur la liste électorale définitive.
Toutes ces questions de listes doivent être examinées par la nouvelle Commission électorale. Or le camp présidentiel demande de revoir la composition des 400 Commissions électorales locales. Qu'en pensez-vous ?
… Ce n’est pas une position officielle encore. Nous espérons que la Commission telle qu'elle a été établie la semaine dernière, soit opérationnelle le plus tôt possible.
Vous ne souhaitez donc pas qu'on touche aux Commissions électorales locales?
Tout dépend des Ivoiriens, des protagonistes de l'Accord Politique de Ouagadougou. Mais si On remet en cause les Commissions régionales locales, ça nous fera perdre au moins un mois et demi, voire deux mois.
Or, ce n'est pas ce que vous souhaitez ?
Non, j'espère qu'on peut établir la liste définitive le plus tôt possible. Après, il n' y aura que trois étapes techniques pour aller à la présidentielle.
Ce qui nous amène à quelle date ?
Comme je vous ai dit, cela dépend de la liste électorale définitive. Elle n'est pas encore achevée.
Mais ne faut-il être très patient ?
Absolument ! Super patient ! Il faut être très patient. Vous avez raison.
Et vous tenez bon ? Vous n'êtes pas découragé ?
Je ne suis pas payé pour être découragé. Je dois être optimiste et tout le temps réaliste !
…
Marcel APPENA
Propos recueillis sur RFI
Tuesday, Sep 07th
Last update:10:30:37 PM GMT
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